Un canal, et non la source
Elle rappelle aux personnes en rétablissement qu'elles sont des « canaux » d'une puissance supérieure, plutôt que d'essayer de tout contrôler par elles-mêmes.
Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant
à être consolé qu’à consoler;
à être compris qu’à comprendre;
à être aimé qu’à aimer.
Car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve.
C’est en pardonnant qu’on est pardonné.
C’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
Amen.
-Source : La Clochette, n° 12, déc. 1912, p. 285.
D’innombrables réunions des AA et lectures sur l’Étape 11 font appel à cette prière, qui invite à devenir « un canal de Ta paix ». Son histoire réserve toutefois une surprise : le saint dont elle porte le nom n’en a presque certainement pas écrit un seul mot.
Malgré son titre, cette prière n’a pas été écrite par saint François d’Assise (vers 1181–1226), et pendant sept siècles, personne ne la lui a attribuée. Elle est entièrement absente de ses écrits authentifiés. De plus, l’importance qu’elle accorde au « je » et au « moi » — sans jamais employer les mots « Dieu » ou « Jésus » — ne ressemble guère à ce que François a réellement composé. L’étude de référence est celle de l’historien français Christian Renoux, dont le livre de 2001 La prière pour la paix attribuée à saint François: une énigme à résoudre a retracé le texte et montré qu’il « est apparu, anonymement, en 1912, en France, et a été attribué à tort à saint François vers 1925 ». Cela n’enlève rien à la valeur de la prière; elle est simplement plus jeune que sa légende.
La plus ancienne apparition connue se trouve dans le numéro de décembre 1912 de La Clochette (« La Petite Cloche »), une petite revue de dévotion publiée par une association catholique parisienne, La Ligue de la Sainte-Messe. La prière y paraît anonymement sous le simple titre « Belle prière à faire pendant la messe ». Renoux a conclu que l’auteur était probablement le rédacteur fondateur de la revue, le père Esther Bouquerel (1855–1923). En 1915, le marquis français Stanislas de La Rochethulon l’envoie au pape Benoît XV. Le 20 janvier 1916, une traduction italienne paraît à la une du journal du Vatican L’Osservatore Romano — sous le titre « Les prières du Souvenir Normand pour la paix » —, puis La Croix la réimprime en français le 28 janvier 1916, ce qui contribue à sa vaste diffusion comme prière pour la paix en pleine Première Guerre mondiale. Vers 1918, le père franciscain Étienne Benoît l’imprime au dos d’une image pieuse de saint François largement diffusée, toujours sans le nommer comme auteur. Les gens ont simplement supposé que les paroles au verso étaient de l’homme représenté au recto.
La prière a été attribuée pour la première fois à François en 1927 par un mouvement protestant français, Les Chevaliers du Prince de la Paix, fondé par Étienne Bach. Selon Renoux, sa première traduction anglaise connue est parue en 1936 dans Living Courageously, de Kirby Page, ministre des Disciples du Christ. Page a traduit le début par « Lord, make me a channel of thy peace » — avec le mot « channel » (canal) que les AA utilisent encore. Les Alcooliques Anonymes l’ont adoptée en 1953 dans Les Douze Étapes et les Douze Traditions, où Bill W. a construit la réflexion sur l’Étape 11 autour de cette prière comme modèle de méditation, invitant les lecteurs à « relire cette prière plusieurs fois très lentement ». Fait à noter, le livre reste prudent quant à son attribution : il présente la prière comme des paroles à méditer plutôt que comme l’œuvre de François. Pour une communauté fondée sur l’humilité et le service, elle trouve tout naturellement sa place, peu importe qui l’a écrite en premier.

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À propos de cette prière
Dans la tradition des 12 étapes, cette prière occupe une place particulière à l’Étape 11 (Les Douze Étapes et les Douze Traditions). Elle sert de guide pratique pour passer de la « volonté propre déchaînée » à une vie de service spirituel.
Elle rappelle aux personnes en rétablissement qu'elles sont des « canaux » d'une puissance supérieure, plutôt que d'essayer de tout contrôler par elles-mêmes.
La phrase « c'est en s'oubliant qu'on trouve » est un antidote direct à « l'esclavage du moi » mentionné à l'Étape 3.
La prière nomme les déclencheurs courants des premiers temps du rétablissement — la haine, la discorde et le désespoir — et propose leurs opposés spirituels : l'amour, l'harmonie et l'espérance.